Le coworking, une tendance émergente

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24 nov Le coworking, une tendance émergente

Le coworking, ce mode d’organisation qui permet à des salariés et télétravailleurs de partager un même lieu de travail et d’en mutualiser les ressources, connait un intérêt croissant. L’architecte Elisabeth Pélegrin-Genel s’est penchée sur le sujet. elisabeth-pelegrin-architecte ©DR

D’où vient ce mouvement du coworking ?

Elisabeth Pélegrin-Genel : C’est un mouvement très français. Au départ, il s’agit d’initiatives privées pour répondre aux besoins d’indépendants précaires qui souhaitaient monter leur société. Ce peut être des espaces de bureaux, des fab-labs avec imprimante 3D… Le coworking est un moyen pour travailler dans un lieu bien équipé – puisque les équipements sont mutualisés – pour un prix abordable. Ce concept d’espaces de travail partagés existe depuis sept ou huit ans mais il est resté marginal.

Pourtant, on en entend de plus en plus parler…

E.P-G : En réalité, les choses sont en train de changer. Le modèle économique n’est pas toujours très performant mais ces lieux jouent un rôle important car ils deviennent parfois des équipements de quartiers, par exemple en accueillant des événements éphémères le soir. Souvent, par manque de moyens, les espaces de coworking investissent des rez-de-chaussée ingrats ou des fonds de cours. Mais les coworkers les décorent de façon originale, d’inspiration Emmaüs soignée, et tirent parti de ces lieux atypiques. C’est d’ailleurs grâce à cette décoration insolite qu’ils peuvent louer l’espace le soir et réussir à rentrer dans leurs frais. Souvent, aussi, ils mixent leurs activités avec d’autres initiatives telles que les AMAP, ce qui leur donne de l’importance au niveau de la ville.

Croyez-vous que ce mouvement est voué à prendre beaucoup d’importance ?

E.P-G : C’est un mouvement à suivre, en tous cas. Le concours « Réinventer Paris », dont les résultats viennent d’être présentés, montre bien les tendances émergentes que sont le vert, la colocation et le coworking. C’est une loupe de tendances. Il y a un côté mode, certes mais il faut regarder au-delà et comprendre qu’il s’agit de tendances de fond.

Y a-t-il déjà des exemples réussis de coworking ?

E.P-G : Oui. Certains commencent même à se démultiplier. Par exemple, La Mutinerie, dans le 19ème arrondissement de Paris, qui a été l’un des premiers, vient d’ouvrir un nouvel espace dans le Perche. La Cordée s’est installée à Paris puis maintenant à Lyon. Les espaces de coworking qui fonctionnent bien sont ceux où quelqu’un s’occupe de l’animation. Cette personne organise des mini-conférences, des petits-déjeuners communs… Il y a un côté boy-scout mais c’est efficace car cela crée une véritable effervescence.

La Cordée, espace de coworking ©Morez

La Cordée, espace de coworking ©Morez

Existe-t-il du co-working thématique ?

E.P-G : Oui. Ils s’adressent généralement à des graphistes, des architectes ou encore des éditeurs. Ceux-ci essaient de promouvoir l’entraide et la collaboration. Les gens se parlent facilement et du lien se crée entre de parfaits inconnus. Au point qu’ils répondent parfois à des appels d’offre en commun là où ils n’auraient eu aucune chance individuellement.

Les grosses entreprises, elles aussi, se mettent au coworking ?

E.P-G : Oui, on assiste à un mouvement de grosses entreprises qui essaient de créer des lieux de coworking pour leurs salariés mais aussi pour des start-ups. C’est le cas d’Orange avec la Villa Bonne Nouvelle. Bouygues et Nexity ont commencé à commercialiser des espaces de coworking, mais colorés, équipés de sièges ergonomiques etc. Ils essaient de conserver l’aspect industriel du début du mouvement mais décliné de façon beaucoup plus léchée.

Qui sont les utilisateurs des espaces de coworking, en réalité ?

E.P-G : Ils ont généralement moins de 40 ans, ils sont dynamiques, et portent souvent en eux une certaine ambigüité : d’un côté ils sont sensibles à l’aspect mutualiste de l’expérience et au partage d’idées, de l’autre ils pensent tous que peut-être, leur start-up est le futur Google. Cela donne des mélanges assez intéressants. Ils ne restent pas des années dans un tel lieu. Souvent, quand leurs affaires marchent, ils partent pour prendre leurs propres bureaux.

Le coworking pourrait-il entraîner des changements au niveau de la ville ?

E.P-G : Oui car on assiste à un phénomène nouveau : de plus en plus d’entreprises possèdent des espaces de coworking près des gares, ou dans les quartiers où habitent leurs salariés. Ainsi, ceux-ci ne sont plus obligés de venir tous les jours au bureau. C’est un mouvement encore balbutiant mais qui, s’il prend de l’ampleur, pourrait avoir une incidence sur les embouteillages, sur la pollution

Pour en savoir plus :

« Comment (se) sauver (de) l’open-space ? », par Elisabeth Pélegrin-Genel, aux éditions Parenthèses. Sortie en mars 2016.

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