/// REGARD : La Friche la Belle de Mai

09 Oct /// REGARD : La Friche la Belle de Mai

En novembre 2017, le salon Batimat lance, en partenariat avec la revue L’Architecture d’Aujourd’hui, la première édition de Regard sur l’Architecture, un ouvrage et un cycle de conférences inédits pour réfléchir sur la place de l’habitant / de l’usager au sein du projet architectural.

La Friche la Belle de Mai, lieu culturel emblématique de Marseille, fait partie des projets publiés. Entretien avec Matthieu Poitevin, architecte principal d’une réhabilitation exemplaire.

 


 

Dans l’architecture française, si le XXe siècle a été caractérisé par les « Grands Projets » (Centre Pompidou, Pyramide du Louvre et d’autres encore), le début du XXIe semble lui se définir davantage par un urbanisme ad hoc, une approche architecturale partant de la base, stimulante, intrigante et qui paraît s’établir en France avec plus de facilité qu’ailleurs. Le meilleur exemple en est peut-être donné par la Friche de la Belle de Mai, à Marseille, autrefois site de fabrication d’un symbole français entre tous, les cigarettes Gauloises.

Le vaste complexe industriel a progressivement été converti en centre d’arts et de culture – mais il s’oppose à bien des égards aux gigantesques centres culturels qui ont marqué le vingtième siècle de leur tropisme centralisateur : le Lincoln Center à New York, South Bank à Londres ou le Centre Pompidou à Paris. Au lieu de cela, les architectes ont travaillé sur le caractère fragmenté du site, conservant au tissu industriel son grain et sa texture d’origine, tout en l’ouvrant doucement par des interventions bien pensées qui créent de véritables espaces publics, des rues et des lieux de travail. Il n’y a là aucune structure phare, pas la moindre tentative de produire une pièce maîtresse emblématique. Les lieux donnent plutôt le sentiment d’un insouciant vagabondage, un paysage urbain en miniature, propice aux rencontres fortuites et aux juxtapositions excentriques. L’architecture elle-même est faite de matériaux bon marché, assemblés à la hâte, mais avec beaucoup d’esprit et d’intelligence. On y trouve des aires de jeu et des rampes de skateboard, des salles de cinéma et des marchés couverts, des théâtres, des cafés, des galeries mais, surtout, on ressent cet endroit comme un morceau de ville réapproprié, ouvert, public et démocratique.

De manière assez surprenante, le projet a été initié par Jean Nouvel et développé sous la houlette de Patrick Bouchain, mais aucun des deux n’en a conçu tout ou partie. Le travail de conception effective a été mené par plusieurs architectes, dans une volonté délibérée d’éviter toute unité de style, d’approche ou d’esthétique. C’est un fouillis sans homogénéité ni cohérence qui, comme un véritable fragment de ville, réserve quantité de surprises. Le site donne une nouvelle orientation à l’architecture, moins préoccupée ici de vision planificatrice ou de pompe stylistique que de la turbulente réalité quotidienne. Des lacunes et des espaces vides sont ménagés pour que s’y produisent des choses inattendues et inédites, sans pour autant contraindre la nature de ces événements. La joie de vivre est précisément ce qui rend la Friche si éminemment française, et fait tout son succès. Un endroit parfaitement plaisant, urbain au sens de civilisé, primesautier sans arrogance. Un lieu qui semble inachevé, et encore chargé de miraculeuses promesses.

 

Article publié dans le numéro 412 de L’Architecture d’Aujourd’hui – Spécial France – Mai 2016 Rubrique Projets

 


 

Observateur engagé des grandes tendances du secteur, Batimat a lancé à l’occasion de la Biennale d’Architecture de Venise 2016, la démarche Regard sur l’Architecture fruit d’un questionnement simple mais primordial : les architectes formulent de véritables visions, mais qu’en est-il de l’impact de leurs bâtiments sur les habitants et les usagers ? Qu’en est-il de l’ambition ultime de l’architecte, à savoir assurer notre mieux-vivre ?

Véritable enquête de terrain menée pendant 12 mois auprès de ceux qui conçoivent, réalisent et vivent le bâtiment, Regard sur l’Architecture offre un éclairage inédit sur une sélection de réalisations hors du commun, réalisées récemment, et choisies pour la qulité de leur « réponse architecturale » à une problématique donnée : habitat d’urgence, habitat social, habitat collaboratif…

Conçu comme un carnet d’inspiration à destination des professionnels et du grand public, Regard sur l’Architecture se concrétisera par l’édition biennale d’un mook, dont la première édition sera disponible en novembre, à l’occasion de Batimat 2017. Rencontrez les contributeurs du projet lors d’une après-midi de débats animés par L’Architecture d’Aujourd’hui, mercredi 8 novembre à partir de 13h30 sur le Forum Regard sur l’Architecture de Batimat (hall 5A).

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